L’histoire des claviers est un récit qui commence plus tôt qu’on ne le croit. La machine à écrire a été inventée 52 fois avant sa première commercialisation. Le tout premier brevet en fut déposé en l’Anglais Henry Mill, en 1714 !
Par ailleurs, dès le début du XIXe siècle, la télégraphie possédait déjà des claviers. Laissons de côté le simple « bouton » de la télégraphie morse : les moyens techniques augmentant, des inventeurs s’inspirèrent rapidement du clavier de piano pour créer des téléscripteurs, c’est-à-dire des claviers !
L’image ci-dessous est un exemple de machine à écrire conçue 3 ans avant la « première », par la même personne.

L’inspiration musicale est évidente. Mais il ne reste de cette époque qu’un terme, le « clavier » et un refus, celui de « l’accord ».
Les pianistes font des accords très facilement. C’est-à-dire que l’appui simultané, sur un piano, de deux touches décalées d’une octave, ne produit pas simplement les deux sons correspondants : ceux-ci fusionnent pour en donner un troisième, leur accord.
Les inventeurs du XIXe siècle proposèrent donc spontanément des claviers de même type : telle touche et telle touche produisaient les caractères A et B, mais enfoncées simultanément elles produisaient le caractère C. Dans un instrument de musique, cette caractéristique est obtenue en choisissant les sons produits, les notes, selon leurs propriétés physiques particulières.
Pour une « machine à texte », il fallait un mécanisme de clavier capable de gérer ces frappes simultanées. Le caractère électrique de la télégraphie permettait ces subtilités, alors que la mécanique de l’époque ne permettait pas encore une machine à écrire, qui doit également imprimer.
L’ironie de l’histoire est que ces machines étaient bien plus simples à utiliser que le code Morse, à un bouton. Mais il y avait à cette époque aux États-Unis un grand nombre d’opérateurs Morse extrêmement qualifiés, bien installés, et capables de taper en morse à très grande vitesse. L’arrivée de ces nouvelles machines les aurait forcés soit à se reformer depuis zéro, soit à céder leur place. Un grand débat eut lieu autour des qualités des différentes techniques. L’alliance des télégraphistes Morse fit pression et en fin de compte la télégraphie resta enlisée dans la frappe à un seul doigt.
Il fallut attendre les machines à écrire, c’est-à-dire l’émergence d’une autre catégorie d’utilisateurs de clavier, qui ne serait pas en concurrence avec les télégraphistes, pour que le clavier puisse avancer.
Source : T.Bardini (1998). « La controverse du clavier à accord. » Réseaux.